La Barbade est l’une des îles les plus singulières des Caraïbes. Contrairement à la majorité des îles antillaises qui ont changé de mains entre la France, l’Espagne et l’Angleterre, la Barbade est restée sous contrôle britannique ininterrompu de 1625 à 1966, ce qui lui a valu le surnom de « Little England ».

1. Origines et premières populations

  • Peuplements précolombiens : L’île a d’abord été habitée par des vagues successives d’Amérindiens (Saladoïdes, Arawaks, puis Kalinagos/Caraïbes).
  • Le passage des navigateurs ibériques : Les explorateurs espagnols et portugais l’ont abordée au début du XVIe siècle. Le nom Barbados (« les barbus ») viendrait soit des figuiers locaux dont les racines pendantes ressemblent à des barbes, soit des indigènes barbus aperçus alors.
  • Dépeuplement : Victimes des raids d’esclavagistes espagnols et des maladies européennes, les populations indigènes avaient totalement disparu ou fui lorsque les premiers colons anglais ont débarqué.

2. L’esclavage et la « Révolution du sucre »

En 1625, le capitaine anglais John Powell revendique l’île au nom du roi Jacques Ier, et l’installation des premiers colons démarre en 1627.

  • La transition vers le sucre (années 1640) : Au départ basée sur le tabac et le coton avec des engagés blancs (souvent des Irlandais ou des Écossais pauvres), l’économie bascule rapidement vers la canne à sucre sous l’influence des techniques hollandaises.
  • Le modèle de la grande plantation esclavagiste : La Barbade devient le prototype du système de plantation sucrière dans l’Atlantique. Elle importe massivement des captifs africains via la traite transatlantique.
  • Le Barbados Slave Code (1661) : La législation barbadienne définit les personnes noires réduites en esclavage comme des biens meubles (chattel). Ce code a servi de modèle juridique à toute l’Amérique britannique (notamment la Caroline du Sud et la Jamaïque).
  • Résistances et émancipation : La révolte de Pâques 1816, menée par Bussa (héros national aujourd’hui), a ébranlé le système. L’esclavage a été aboli en 1834, suivi d’une période d’« apprentissage » forcé qui a pris fin en 1838.

3. Du début du XXe siècle à aujourd’hui

Le XXe siècle marque le passage d’une société oligarchique dominée par les grands propriétaires terriens blancs (plantocracy) à une démocratie moderne et autonome.

Émeutes sociales et naissance du mouvement ouvrier

1937

Sous l’impact de la Grande Dépression, des émeutes éclatent. Sous l’impulsion de Grantley Adams, le mouvement aboutit à la création du Barbados Labour Party (BLP) et des syndicats ouvriers.

Suffrage universel et autonomie interne

1950 – 1954

Introduction du droit de vote pour tous les adultes (1950), puis mise en place d’un gouvernement autonome interne dirigé par Grantley Adams (1954).

Indépendance nationale

30 novembre 1966

Menée par le Premier ministre Errol Barrow (du Democratic Labour Party), la Barbade devient un État souverain au sein du Commonwealth, conservant la reine Élisabeth II comme cheffe d’État.

Transition vers la République

30 novembre 2021

La Barbade rompt ses liens constitutionnels avec la monarchie britannique en élisant Dame Sandra Mason comme première présidente, soutenue par la Première ministre Mia Mottley.

4. Développement économique et moderne

Après avoir dépendu exclusivement du sucre jusqu’au milieu du XXe siècle, la Barbade a diversifié son modèle :

  • Tourisme haut de gamme : Côte ouest prisée pour ses plages et son hôtellerie de luxe.
  • Services financiers et d’affaires internationaux : Un secteur offshore encadré et dynamique.
  • Indicateurs sociaux élevés : L’île bénéficie d’un taux d’alphabétisation proche de 100 % et de l’un des indices de développement humain (IDH) les plus élevés des Caraïbes.
  • Leadership climatique : Sous l’impulsion de Mia Mottley, l’île est devenue une voix de premier plan mondial pour la réforme de la finance climatique (l’Initiative de Bridgetown).

5. Culture et attachement britannique

La culture barbadienne (dite Bajan) est une synthèse étroite entre racines ouest-africaines et traditions britanniques.

L’empreinte britannique : Conduite à gauche, engouement national absolu pour le cricket (terre du légendaire Sir Garfield Sobers), système parlementaire de Westminster et découpage territorial en « paroisses » anglicanes (Saint Michael, Saint James, etc.).

L’héritage africain et créole :

  • Crop Over : Festival estival historique célébrant la fin de la récolte de la canne à sucre, marqué par les musiques calypso, soca et le défilé du Grand Kadooment.
  • Gastronomie : Le plat national est le flying fish and cou-cou (poisson volant et semoule de maïs au gombo), accompagné de rhum (Mount Gay, l’une des plus anciennes distilleries au monde, fondée en 1703).
  • Langue : L’anglais standard est la langue officielle, côtoyé au quotidien par le créole anglais bajan.

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